L’actualité de ces dernières semaines ne doit pas occulter les dossiers de fond qui pèsent sur votre exercice quotidien.

A la veille de la 1ère réunion que l’on espère de concertation avec la DSS sur le repositionnement du panier A dit 100% santé, la position de la Fédération est claire.

 

Mesure incitative – Les mots ont un sens

Principe : « Si dans une période de 6 mois, un opticien a fait + 65% de son VOLUME total de vente en équipement complet 100% Santé, alors il pourra facturer en sus du prix de l’équipement, la somme forfaitaire de 42€ TTC pour tout équipement complet vendu en 100% Santé ».

  • La mesure n’est pas rétroactive. La prime n’est pas versée pour la période qui sert à définir l’éligibilité de l’établissement.
  • La convention CNAM organise les rapports entre les opticiens et l’assurance maladie (titre de l’arrêté du 24 juin 2022). Il n’y est nulle part fait référence à des « règles professionnelles » (terme consacré) et pour cause, elles n’existent pas pour l’optique, même si on peut le regretter.

Les équilibres économiques de 2019 ont évolué, et on peut comprendre que le service rendu par la mesure du 100% Santé est déstabilisé par l’évolution des prix d’achat, des charges et des salaires.

  • C’est l’exemple même de « l’effet ciseau » dont la Fédération parle depuis 2 ans et qui a été très largement repris pas la filière depuis. Avec des résultats comptables à peine équilibrés dès le départ, ces commerces qui ont tout misé sur ce marché, ne supportent plus aujourd’hui la charge économique. Les aides covid ont permis ponctuellement de retarder l’échéance, mais la réalité est têtue.  L’État se sent donc obligé de les soutenir.
  • C’est aussi la mise en lumière pratique qu’un volume de vente ne peut pas compenser une baisse de prix. Aujourd’hui, l’État accompagne parce que son propre intérêt est en jeu, à savoir celui de la réussite de la mesure sociale du 100% santé. Mais il ne faut pas compter sur le marché B, que certains disent libre, tout en le déléguant aux complémentaires santé et autres réseaux de soins et qui m’évoque ceci …

« L’homme est né libre, de ses penchants il se construit une prison, sans s’en rendre compte, il en devient prisonnier. » (Khalil Gibran)

C’est pour ces raisons, que la Fédération encourage les opticiens à ne plus se satisfaire de la seule délivrance de l’équipement et retrouver leur liberté. Il faut que les opticiens facturent les prestations, caractérisant leur savoir-faire, leurs compétences, afin de retrouver de l’oxygène, et ce, même s’il n’y a pas de prise en charge. C’est aussi pour cette raison que la Fédération se bat pour augmenter la liste de toutes les prestations accessibles aux opticiens, pour créer des espaces de liberté tarifaire qui viendraient en compensation des entraves que certains veulent imposer à la profession.

Les mots ont un sens

La Fédération a demandé à la DSS, que les bons mots soient utilisés et que cette mesure dite « incitative », soit appelée « mesure d’accompagnement ». Si l’État refuse, et que le terme est le bon, alors il faut sans doute l’entendre autrement. Avec un tel taux, ce ne sera effectivement plus une gratification offerte en accompagnement des opticiens exemplaires, mais plutôt une incitation à développer « coûte que coûte » ce marché de la lunette sociale. A terme, si tel est le cas, il faut craindre un retournement massif du marché. Massif et violent, soutenu et poussé par l’État. Ceux qui naviguent déjà dans ces eaux sont en avance, ceux qui naviguent déjà dans d’autres eaux ne sont pas concernés… Ceux qui sont entre deux vagues vont boire le bouillon.

J’entends encore mes contradicteurs me soutenir que nous sommes aussi (voir « … avant tout »), commerçants. J’entends cet opticien de référence affirmer qu’on est certes professionnel de santé, mais qu’il faut nous laisser travailler comme on le souhaite. Sous couvert de droits des affaires, de libéralisme à tout va, la poule a bouffé ses propres œufs d’or.

Je m’entends leur rappeler à ces faiseurs de croissance débridée que ce qui protège leur casquette de commerçant, c’est précisément leur parapluie de professionnel de santé, et qu’à force de faire des trous dedans, ils finiront par voir débarquer les GAFA qui grattent déjà à nos portes si tant est que le ver ne soit pas déjà dans le fruit quand on voit le peu d’empressement des services publics à réagir devant certaines pratiques déjà dénoncées.

A date, le taux d’équipement complet 100% Santé est estimé à 12% (selon un comité de suivi de 2022) sur un marché qui s’est stabilisé en termes de répartition marché A / marché B. L’État décide de verser une prime à ceux qui font presque 6 fois plus !

Un professionnel de santé reconnu comme essentiel et de premier recours, qui tient à son investissement, à ses salariés, à une qualité du travail qu’il doit garantir, ne peut pas être incité à faire 6 fois plus qu’il ne fait aujourd’hui sans imaginer d’arbitrage violent pour maintenir son équilibre. Si c’était possible, l’État ne viendrait pas à la rescousse de 3% des magasins en France.

Imposer un tel taux reviendrait à imposer au patient un équipement 100%, et donc à :

  • Nier son libre arbitre et sa capacité à choisir en conscience (qu’il s’agisse de son reste à charge ou de l’origine des produits…)
  • Nier que l’équipement 100% santé optique ne peut satisfaire tous les cas de correction, puisqu’on rappelle que le référencement des verres n’a fait l’objet d’aucun arbitrage avec les experts « professionnels de santé » que sont les opticiens.
  • Nier que l’opticien est un professionnel de santé, expert, formé et compétent, disponible, responsable et accessible et non un distributeur automatique dans un hall de gare sans valeur ajoutée.
  • Nier que la qualité de la vue est individuelle et sur-mesure, nécessitant une prise en charge adaptée. Quand 80% des informations impactant directement la vie du patient passe par la vue, on est en droit de s’inquiéter des conséquences que ce mépris peut avoir sur la vie de nos enfants, jusqu’à nos séniors.
  • Enfin, nier que la Cour des Comptes et la DREES ont démontré, chacune à leur manière que le reste à charge n’était pas le principal problème du patient en optique, mais bien l’accès à la prescription. Et en cela, l’État ne s’en préoccupe pas. Tout au plus se rend-t-il complice, par son inertie, voir son inaction, des dérives en cours, et dont la Fédération dénonce pourtant les pratiques depuis de longs trimestres. A ce titre un dossier complet a été remis au Ministère concernant les dérives des téléconsultations qu’on peut qualifier de sauvages, en espérant être cette fois, … entendus.

La Fédération rappelle que :

  • Le 100% Santé n’est possible que parce qu’un équilibre est maintenu avec le marché B, qui finance l’ensemble du magasin (charges fixes et charges variables, salaires, achats, inflation, machines, stock et bien sûr l’effort fait sur le marché A). La preuve en est que lorsqu’il n’y a pas de marché B, l’État doit aider….
  • L’opticien ne perçoit, en compensation de ses efforts AUCUNE aide de l’État. Il a donc la responsabilité d’anticiper les flux économiques pour maintenir un niveau de service à la hauteur des attentes des patients au regard de la prise en charge de leur santé visuelle.
  • L’opticien subit de toute part des attaques commerciales notamment issues de dérives dénoncées par la filière, mais nullement prises en compte ni contrôlées par la Direction de la sécurité sociale.
  • Le marché est stabilisé en 100% Santé. Le patient est libre du choix de son équipement et de son reste à charge. Sur un marché fermé, il ne faut pas s’attendre à mieux. Ou alors, il faut libérer le marché et faciliter l’accès à la prescription. On peut se mettre des œillères et ne pas vouloir en parler, mais les faits sont têtus et finalement les solutions aussi.

C’est dans cet esprit que la FNOF a transmis ses observations à la CNEDIMTS – commission dépendante de la HAS – seule dévolue à recevoir les observations sur cette mesure (voir l’arrêté du 06 juin 2023).

On peut s’étonner du silence ou du refus même de se prononcer devant cette instance sur cette mesure des autres syndicats (ROF/SYNOM/GIFO). En l’état, cette mesure laisse supposer une réflexion beaucoup plus large sur la politique « d’accès aux soins visuels » que l’État pourrait mettre en place à terme. C’est notre responsabilité de syndicat d’y être attentif. Ce taux de 65% pourrait être la pierre angulaire d’un projet plus profond et mortifère.

En revanche, nous assumons n’avoir pas fait d’observation au CEPS concernant le montant de 42€TTC.

  • Demander plus ? … c’était survaloriser un marché qui, pour autant, ne permet pas de sécuriser plus nos entreprises.
  • Demander moins ? … quand cette somme correspond à une marge supplémentaire qu’on tente de nous supprimer à toute force par ailleurs ?

Si les pouvoirs publics revoyaient le taux de 65% à la baisse, il serait alors temps de revoir la répartition de cette somme allouée ou une éventuelle progressivité. Les 2 (taux et montant) étant directement liés, faire des observations sur le seul montant sans avoir fait d’observation sur le taux n’avait pas de sens, et c’est pourquoi vouloir une progressivité de la mesure sans s’opposer au taux est une chimère.

Le taux de 65% est un signal fort qui peut amener à un retournement du marché.

Le montant de 42€ est l’application du taux à un budget que l’État souhaite redistribuer.

Ainsi la Fédération espère obtenir des pouvoirs publics la requalification de la mesure en « mesure d’accompagnement ». Il en va du message envoyé aux opticiens. Au-delà de la forme, c’est le minimum pour espérer entamer sereinement le reste des discussions relatives au repositionnement du panier 100% Santé… A suivre donc …

 

Tour de France de la FNOF et le SILMO 

Nord de la France, Sud-Ouest, Lyon, Paris, Grand Est, Grand Ouest, c’est à ce jour 7 dates qui vont être communiquées au plus vite pour la rentrée et où la Fédération se déplacera pour vous rencontrer durant cette fin d’année. Quelques dates sont déjà figées, nous les communiquerons toutes ensemble. J’ai hâte de pouvoir échanger avec vous.

D’ici là, beaucoup vont prendre quelques jours bien mérités. J’ai une pensée sincère pour nos quelques 200 confrères qui sont tenus de sacrifier ce moment attendu, familial et par ailleurs nécessaire, après les derniers évènements. Bon courage à vous.

Fin septembre, vous devriez nous retrouver au SILMO ! C’est essentiel. Encore beaucoup de sujets à évoquer avec vous. Nous peaufinons les thèmes des échanges dont vous connaissez maintenant le format.

Je vais retourner ma casquette de Président de la FNOF et mettre ma casquette de Président de la CPNEFP (Commission Paritaire Nationale Emploi et Formation Professionnelle), qui a décidé cette année deux grandes actions :

  • Une enquête sur la VAE. Elle est en cours. Je vous invite, gérants, salariés (diplômés par la VAE ou en cours), écoles concernées, à vous signaler sur le mail suivant (vous serez recontactés) :

etudevaeopticien@lopcommerce.com

  • Une opération de promotion du métier qui sera orchestrée par une entreprise qui connait bien le monde de l’optique : OpticPerformance. Au SILMO, ils disposeront pour l’occasion d’un stand maquette qui présentera ce qu’il est prévu de mettre en œuvre pour promouvoir le métier. Pour l’attractivité du métier et les recrutements, la filière se dote d’un outil qui s’annonce prometteur.

Dans les 2 cas, il s’agit d’actions majeures pour la revalorisation du métier, son attractivité, sa promotion. La filière doit se doter d’outil pour faire savoir auprès des lycéens, des étudiants déjà engagés, des porteurs de projets de reconversion professionnelle, et de nos propres salariés combien ce métier est beau et valorisant. Être garant de la qualité de la vue, qui véhicule 80% des informations dont dépend notre qualité de vie, n’est-ce pas humainement et socialement une des plus belles responsabilités qui soit pour notre prochain ? En cela, je suis fier d’occuper mon poste et de travailler à cette promotion du métier.

Bonnes vacances à tous

Hugues VERDIER-DAVIOUD